Il y avait mes longs cheveux bruns, balayant mon visage juvénile, cachant à demi un regard bien trop vert, bien trop fuyant, surtout. Il y avait les mots du père, qui n’imaginait pas blesser ainsi, les mots qui résonnent encore, parfois, un écho silencieux au reflet du miroir, au reflet disgracieux. Il y avait ce pull informe et ce sac à dos porté trop bas, cachant ces fesses de femmes, un corps que déjà je n’assumait pas. Il y avait les garçons et leurs jeux un peu sales qu’on aimait bien quand même. Il y avait les petits mots rédigés en douce sur les pages quadrillées, glissés dans les interstices des trousses, gardés comme des trésors de papier. Il y avait l’amitié, à la vie à la mort, et toute la sincérité de l’adolescence dans ces croyances erronées. Il y avait sa main dans la mienne, il y avait les pactes imbéciles et les gribouillis sur les portes des toilettes, avec ces pseudonymes à deux francs six sous qu’on s’était inventés. Il y avait l’envie de plaire et la peur paralysante de ne pas y arriver. Il y avait les limites, les interdits à transgresser, on rentrait tard le soir et on se faisait engueuler. Il y avait les tentatives, les chagrins de premiers amours et leurs guirlandes de larmes salées. Il y avait toutes ces premières fois qu’on ne savourait pas, trop occupées à chercher ce néant qui nous rendait vivantes, ou tout au moins nous permettait d’y croire. Il y avait les illusions, les petits larcins et les premières frayeurs de jeunes filles en fleurs. Il y avait tout ces rêves auxquels on pouvait encore croire. On était jeunes, on était vierges, on avait l’infini au bout des doigts, et on était bien trop connes pour le voir.
(repenser aux endroit qu’on a aimés, espérer les revoir un jour)


joli !
15/05/2009