Écrire un mémoire a annihilé toute autre forme de créativité, seul est resté le verbe juridique. Les examens sont désormais terminés, la soutenance, dans quelques jours, mettra fin à cette année aussi importante qu’intéressante. Il faudra me lancer sur le marché impitoyable du travail. Honnêtement, je flippe très fort. Cette semaine est passée dans un éclair fulgurant, les soirées se sont enchainées à un rythme tel que je suis incapable de les distinguer les unes des autres. Le manque de sommeil et de calme rend tout cela très flou.
Ce matin est le premier matin où je me réveille seule depuis lundi dernier et c’est un tel bonheur ! Je ne sais pas dire non aux soirées, je ne sais pas me fixer de limite quand il s’agit de faire la fête, souvent par peur de manquer quelque chose (mais quoi finalement ?). Je bois plutôt moins que les autres, mais je me charge moi-même de responsabilités qui ne m’incombent pas réellement et je finis toujours par rentrer la dernière pour être sûre que mes protégés sont bien rentrés. Quelle ironie. Quelle bêtise. Quelle perte d’énergie.
Je veux retrouver mon moleskine rouge, mon critérium, mon appareil, mes balades et mes bouquins. Je veux dormir de vraies nuits, sans tout un tas de squatteurs dans mon appartement.
Mais ce soir c’est la fête de la musique, et je sais d’avance que je ne saurais pas m’en priver. Il ne me reste donc que quelques heures de calme pour tenter de faire sortir quelques lignes de ma plume. Au boulot !
Alors celui là, vraiment, c’était une plaie. Copie conforme, d’Abbas Kiarostami, superbe du point de vue de l’image, de la façon de filmer, des couleurs, du cadrage. Imbuvable par ailleurs. L’histoire, qui se déroule en Toscane, est celle d’une antiquaire française hystérique, qui emmène un écrivain anglais de passage passer l’après-midi à la campagne. Les deux entrent dans un jeu de rôle mari-femme, tout en dissertant sur l’Art et la notion d’originalité (ce qui aurait dû m’intéresser, vu que c’est précisément le sujet de mes études). Le film est véritablement exaspérant, j’étais avec deux amies et nous nous sommes retenues de ne pas quitter la salle, croyant toutes que les autres voulaient rester (ah si j’avais su !). Le jeu des acteurs est bon, mais les dialogues sont presque sans intérêt – on dirait un cours de philosophie de l’art pour premières années – et le côté “névrose assumée et mise en valeur” est excessivement énervant. Binoche n’est pas mal du tout dans ce rôle, pourtant. Dommage.