
Je retrouve dans les bande-dessinées d’Adrian Tomine (j’ai lu Blonde Platine et Insomnies, deux excellents recueils de nouvelles) ce qui me plait tant dans les textes de Régis Jauffret. Ce côté noir, triste, sombre et sans espoir. Cette désillusion sur l’être humain, les intentions qui l’animent, les pulsions qui le dirigent. La B side de l’homme, la face qu’on ne montre pas, Adrian Tomine l’explore d’une manière extrêmement intéressante, sans jamais en rajouter – ses personnages ne sont pas des caricatures – et sans trop entrer en résonance avec nos penchants voyeuristes.
J’étais la semaine dernière dans un bar, avec des amis. Alors que nous parlions de notre difficulté à concilier notre envie/besoin de créer, et notre envie/besoin de réfléchir, penser, intellectualiser les choses (problématique qui décidément constitue un arrière plan permanent pour moi en ce moment), une amie s’est étonnée : “pourquoi, m’a t-elle dit, as tu cette apparence souvent si sombre, ces piercings, ces vêtements noirs, ces clous sur tes chaussures (à l’entendre on aurait cru qu’elle parlait d’une teenage gothique – je vous rassure, ce n’est pas si terrible), alors qu’au fond tu semble être beaucoup plus optimiste et ‘gentille’ ” ?. Là, elle a dû voir que je faisais une drôle de tête, parce qu’elle s’est reprise : “Oh, pas sombre non, tu n’as pas l’air gothique ou dépressive, mais disons qu’il y a comme un décallage.“
J’avoue que je n’ai pas trop su quoi répondre. J’ai bredouillé trois phrases sur mon besoin de me sentir un peu originale, d’avoir le détail qui tranche, mais j’avoue que je n’étais moi-même pas très convaincue. Je pense simplement qu’il y a en moi deux facettes, et je pense qu’il en va de même pour beaucoup, beaucoup de gens. Ces deux “facettes” qui permettent d’apprécier pareillement les textes sordides de Microfictions ou Insomnies ET les bébés chats.
Et sinon, il est joli mon nouveau layout, nan ?


