Ich werde immer.
“L’amitié, ca s’entretient”, me dit mon hôtesse, de l’autre côté de la table de la cuisine. Les mains posées sur le formica blanc, je ravale la boule qui s’est instantanément formée au creux de ma gorge. Oui, je le sais ca, parfois je n’en dors pas la nuit, rongée par la culpabilité de ne pas prendre soin de ceux qui font un bout de mon chemin. Parfois, j’en pleurerai presque, d’être fainéante à ce point, de toujours repousser au lendemain et de me rendre compte à la fois que les gens, lassés, tournent souvent le dos, la page et montent dans le train suivant. Mais j’ai le goût des choses bien faîtes, des lettres-romans comme quand j’avais 15 ans, je m’entretiens dans l’idée que je vais finir par le trouver, le temps de rendre dignement hommage à nos amitiés, de sceller l’enveloppe comme un pacte et d’y lécher un timbre. La belle affaire. La pendule, elle, continue de trotter sans se soucier de ces états d’âme épistolaires.
Die Zigeunerin.
Dans les rues de Nantes, quartier Bouffay, une femme a voulu lire les lignes de ma main. J’ai refusé.
- Vous avez peur ? m’a t-elle dit, d’un air hostile.
- Non, je n’ai pas peur, je n’ai pas envie, c’est différent, ais-je répondu avec le même regard méchant.
C’est étrange, vous savez, d’apprivoiser une nouvelle ville. Je suis encore dans cette phase où chaque lieu, chaque mur est vierge de tout souvenir. J’ai l’œil neuf du touriste qui s’égare, cherche et relis son plan de ville, inlassablement.
Sich vorwärts tasten.
Pendant des mois, vous ne rêvez que de repartir, chaque difficulté vous donne envie de fuir cet endroit où pourtant vous êtes né. Vous regardez passer les trains, en espérant faire partie du prochain voyage. Vous vous battez contre vous-même, vous vous accrochez en pensant que le vent va tourner. Puis il tourne. Vous faîtes votre valise, au dernier moment, vous vous sentez perdu, parce que ca y est, c’est votre tour et que vous ne l’avez pas vu venir, trop occupé à ne pas rester embourbé dans votre quotidien. Vous commencez à douter, à hésiter, à regretter certaines choses qui hier encore vous faisaient horreur. Vous essayez de vous persuader que tout ira bien, vous savez que de toute façon, vous ne pouvez plus reculer. Alors vous sautez. Le plus loin possible et le cœur battant à tout rompre.
Wenn ich liste mein Leben auf.
Aujourd’hui était une journée de constatations :
– l’eau gazeuse ne fait pas disparaitre la boule dans la gorge. – se plaindre ne change rien à la situation, se retenir l’empire. – il n’y a pas d’âge pour être un gros malpoli et répondre au téléphone dans une bibliothèque. – le droit fiscal est la pire matière qu’on m’ait jamais enseignée (à part la physique chimie). – les pires cuites font les meilleures photos souvenir – même floutées. – un niveau de stress maximal ne déclenche pas nécessairement une crise cardiaque (malheureusement). – une overdose de médicaments, si (malheureusement). – les exams, c’est comme Sega, c’est plus fort que toi.– 80% des chansons de mon ipod commencent par quelques notes de guitare. – l’été est fini, le ciel est gris. – le temps passe très vite, quand on réfléchit très fort. – la tarte au thon de ma mère déchire sa race. – quelqu’une va me manquer très fort. les autres aussi, mais un peu moins.
Demain matin, tout va se jouer en 10 minutes. 10 toutes petites minutes vont décider de mon avenir. 10 minuscules minutes et un tête à tête avec un prof. Est-ce que le calvaire prend fin ? Est-ce qu’il va débuter ? Est-ce qu’il y a un avenir à la clef ?
Au pire c’est comme dans la chanson, si j’deviens pas bac +5, je serais licence 4.
Dein Nebenfluss.
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C’est marrant quand au même moment les mêmes questions se posent, c’est pas les années qui nous séparent, baby, c’est juste les kilomètres. Arrêter, mettre un point final aux élucubrations bloguesques, c’est si tentant parfois. Changer de ville, de vie, d’univers, fuir mes névroses d’ici. Partir dans l’infini, rêver d’une vie sans plis, oh oui, et c’est dans de grands éclats de rire que je voudrais tirer ma révérence. Mais un doute subsiste, un « et si » qui résiste, se priver d’un pareil soutien, d’une tribune pour mes plaintes et mes chagrins, est-ce bien raisonnable ? D’ici à ce que j’écrive enfin le premier opus d’une colonie de pensées à angles variables, je garde mon petit coin de web, mon petit coin de couette virtuelle, et j’y roule ma folie des mots, ma nausée du verbe et mon vomi des lettres comme dans un petit carnet sale, oublié au fond du sac d’une trainée, muse à ses heures d’un poète de rien. Persistance de la rétine, comme on dit, regard fixe mais voilé, voilà, une occasion de relativiser, de mener à bien ma self-thérapie, ou de mourir, mais seulement à demi. La balle est dans mon camp, disons alors que je la laisse rebondir, encore un peu, mais pas trop loin. Disons – au hasard – sur les bords de l’Erdre.
(merci Mai, pour l’album Hawaii de Java dans ma boîte mail, you rock)



