Ce qu’il y a de beau dans un life-blog, c’est le fait que fondamentalement, tu es en train de lire la vie, l’intimité d’un ou d’une inconnue. Tu ne sais rien de son apparence, hormis, à l’occasion, quelques instantannés figés. Tu ne sais de sa vie que ce qu’il veut bien en dire, et selon sa manière de la présenter. C’est comme un roman avec une belle touche de réel : tu peux imaginer le personnage à ta guise, t’identifier à lui et faire coller son univers au tiens. Alors le jour où tu connais un peu mieux cette personne cachée derrière ses mots, aussi belle la rencontre soit-elle, tout cela perd un peu de son charme.
Schlammbad.
J’ai passé ces deux derniers jours dans la forêt tropicale. C’est une forêt très dense, humide, avec des liannes qui pendent de la cîme des arbres et des fleurs colorées (celles dont on se demande toujours si elles sont ou non en plastique) qui poussent au hasard dans cette végétation folle. Je joue à Louve ‘Lara Croft’ Alpha, sauf que faute de rangers, j’innonde mes belles converses d’une épaisse boue marron, semblable à de la glaise brune. Après une demi heure de descente entre les arbres je découvre la cascade du Saut de la Lézarde, dans laquelle les touristes prennent des bains bien mérités. L’eau est fraiche et mes pieds glissent sur les rochers lorsue je traverse le petit torent de la cascade aux écrevisses. A la cîme de la canopée du parc des Mamelles (oui, moi aussi je trouve ce nom stupide) je n’en mêne tout de même pas large, pieds nus sur les planches suspendues entre les arbres, à plus de 20 mètres de hauteur. Et puis je fond devant les mines réjouies des ratons-laveurs et autres loutres qui peuplent ce petit coin de paradis.
J’ai hâte de trier, retoucher et montrer mes 1131 photos (et encore, il reste une semaine…)

(au fait, j’avais oublié de préciser, “Sabali” d’Amadou et Mariam au post précédent c’est parce que j’ai enfin compris pourquoi je kiffais spécialement cette chanson, et pas les autres d’Amadou et Mariam… j’ai lu dans Technikart qu’elle avait été produite par Damon Albarn (Blur, Gorillaz, The Good, the Bad and the Queen)… c’était donc ca ! )
Gipfel.
Il fait 28°à l’ombre de la villa Cacao et le vent qui joue dans les hauts palmiers rapelle le bruit des vagues sur les rives lointaines de ma Normandie, à 8500 km de là. Ici, l’Océan est calmé par les barrières de corail, et l’on peut observer les poissons, tranquilles, entre le sel et l’azur. Le sable est fin, plus ou moins blanc d’une plage à l’autre et ne brûle pas les pieds – il se fait doux sous nos pas – on s’y endormirait avec délectation si le soleil sous ces latitudes n’était pas si dangereux. Le temps passe lentement, sûrement à cause du décallage horaire qui me fait lever à 5 heures et plonger dès l’aube dans la moiteur de l’air.
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Ô Guadeloupe.
Je prends l’avion demain matin. Pour quinze jours de vacances. En Guadeloupe… (c’est ma belle-mère qui paye) je vais aller me dorer la pillule et décompresser avant les exams. Je vais voir des paysages magnifiques et visiter des lieux étranges et sublimes. Je vais voir les volcans et la mangrove. Je vais quitter l’Europe pour la première fois de ma vie toute entière…
Et je vais me payer 6 heures de décallage horaire…
La prochaine fois que j’écrirais, ce sera surement en créole :]
Nervenzusammenbruch.
L’eau de la douche ruisselle sur mon visage, noyant dans le calcaire les larmes d’impuissance. J’imprime la marque de mes dents dans la chair de mes doigts, étouffant les sanglots : ni mon coloc dans la chambre de droite, ni Belette qui dort encore dans mon lit, chambre de gauche, ne doivent savoir que je suis en plein nervous breakdown, un sourire de façade est bien sûr de rigueur. Je prie mes nerfs de tenir bon encore un peu, d’encaisser ne serais-ce que quelques jours de plus, jusqu’à la fuite tant attendue, quinze jours au soleil, là-bas, loin de tout les soucis, dans ces îles que je devine paradisiaques. Je voudrais hurler, laisser la rage sortir, crier la déception, sanglotter la tristesse et saigner mes poings sur le bitume, la douleur étant comme toujours le meilleur exutoire. Au lieu de cela il faut enfouir, encore et encore, taire les sentiments et cacher les ressentis dans le grand placard du paraitre, au fond à droite, derrière les grands manteaux d’hiver, merci, la société vous le rendra. (or not but who cares ?)
Je ne sais pas où trouver la force (en moi ? la bonne blague) ni auprès de qui me ressourcer. La famille ne va pas fort, les amis non plus et la fac… ah, la fac, quel grand n’importe quoi. Je me hais, je hais mon apparence, je hais par dessus tout cet état dépressif dont je n’arrive pas à me sortir, et pourtant je le jure, j’essaye de relativiser. Le poid des soucis est un peu trop grand, pas moyen de relever la tête sans se cogner une fois encore. Tais toi, marche et crève.
So was kommt vor.
C’est un putain de drôle de week-end pas drôle. Mettons que ca a commencé vendredi, quand j’ai enfin eu connaissance de mes notes du premier semestre et que je me suis rendue compte qu’à cause de mes notes de TD j’avais tout juste 10,08 (selon mes propres calculs, parce qu’évidement on nous a donné les notes brutes, par matières et démerde toi pour ta moyenne et les coefs). Je commence à baliser fort fort pour le master 2, qui voudra de moi avec cette moyenne là (enfin qui voudra de moi dans une spécialité autre que droit de l’élevage des truites en Haute-Saône) ? Le vendredi soir au taf a été vraiment fatiguant, je n’avais encore jamais dû finir après l’heure de fermeture de la piz (vraiment tard), c’était comme si toute la ville s’était passé le mot – ce soir personne ne cuisine sinon on le jette tout nu dans l’escalier – comme la nuit précédente j’avais dormi 4h pour cause de tournoi de volley nocturne au gymnase de l’université (on a perdu tout nos matchs) j’ai annulé ma soirée une fois de plus et je suis allée me rouler en boule dépressive sous ma couette et j’ai englouti des épisodes de HIMYM (j’en suis au 417) et un paquet entier de pistaches. Le samedi j’étais en cours de fiscal à 8h30, comme tout les samedis (le samedi est devenu le jour le plus pourri de la semaine). J’avais promis à ma grand-mère d’aller déjeuner chez elle (chose que je fais moi régulièrement contrairement à son propre fils, mon père, qui a trouvé le moyen de se fâcher avec elle depuis plus d’un an pour une histoire de sous), et en sortant de cours je reçois un nouveau message de mon autre grand-mère m’invitant à passer au café car mon cousin de Paris s’était décidé la veille à lui rendre visite. Obligée d’écourter le déjeuner avec Mamie, de subir les réflexions angoissées et désagréables de ma mère pendant les 20 minutes d’autoroute. Évidement il y avait deux tartes auxquelles je ne pouvais pas dire non (mais j’avais vraiment trop mangé, mon ventre tirait de touyt côtés) mais mes grands parents avaient quand même bonne mine. De retour à la maison j’avais une petite heure avant d’aller au travail donc pas le temps de me mettre à mes révisions (pour le partiel de jeudi, ca va être sympa je le sens). Le travail s’est terminé vraiment tôt (ils ont gardé a standardiste en formation pour la faire souffrir un peu plus longtemps – ils lui avaient mis du bacon sur l’épaule sans qu’elle ne s’en aperçoive – du coup moi je pouvais déserter un peu plus tôt que d’habitude) mais évidement mes copines n’étaient pas prêtes et la petite Ninon (rentrée d’Allemagne pour l’occasion) est arrivée chez moi une heure plus tard. Belette nous avait incrustées à une soirée de crémaillère qu’elle avait décrit en deux phrases : “en bas de chez mon mec” et “où il y a de très très bon cocktails et des pétasses”. J’ai cherché en vain la bouteille de rosé que je voulais apporter à la soirée avant de me rendre compte que mon coloc était parti avec à sa soirée (j’en reparlerais, ca m’énerve tellement, ce n’est pas la première fois et il y a beaucoup à dire là dessus). Nous sommes donc parties la rejoindre et avons débarquées dans le repère de la famille Groseille. Les cocktails (j’ai pris un mojito) vraiment bons et Belette vraiment bourrée alors on est restées un peu. Mais comme la musique de la famille Groseille était vraiment merdique et que Belette commençait à devenir agressive on a décidé de partir retrouver d’autres potes. On est montées chez le copain de Belette pour récupérer ses affaires et elle s’est écroulée dans un fauteuil en pleurant. C’était le début d’un bad trip de 6 longues heures. Je savais que ca n’allait pas avec son copain (un pote que je lui ai présenté), qu’elle commençait à en avaoir marre de son manque d’attention, mais là, avec l’alcool et la fatigue je crois que tout ce qu’elle essayait d’étouffer depuis au moins deux mois est ressorti d’un coup, amplifié et de façon assez incohérente. Je l’ai déshabillée-rhabillée (elle s’était renversée dessus le verre d’eau qu’on lui avait donné) et Ninon l’a aidée à descendre les 4 étages. Evidement arrivées en bas son copain était dans l’escalier, j’ai donc subtilement détourné son attention pendant qu’elles sortaient de l’immeuble ni vues ni connue, avec belette toujours en larmes et Ninon pas déçue du voyage. J’ai pris la voiture de Belette et je les ai emmenées chez mes autres amis qui se faisaient une petite soirée appart. En bas de l’immeuble ma Belette a commencé à partir dans des histoires incohérentes, limite paranoïa, elle commençait à vraiment délirer. J’ai réussi à la faire monter au bout de 20 minutes sur un malentendu (elle a subitement cru qu’on était chez son mec), et arrivées dans le couloir mes potes sont venus à notre rescousse. On a mis un quart d’heure à lui faire passer la porte de l’appart et on lui a servi un coca. Elle était tellement confuse qu’elle s’est trompée de verre et a avalé une grande lampée de whisky-coca. On l’a vue courir aux toilettes puis elle a dormi sur un coin de canapé avant de retourner criser dans le couloir de l’immeuble, à nouveau persuadée d’être chez son copain. elle criait qu’elle voulait aller dormir, je répondais “ok, je t’emmène te coucher”, elle s’énervait “mais c’est bon, laissez moi, c’est bon j’vais pas me coucher”, et puis elle fondait en larmes à nouveau. Vers 3h on a réussi à la convaincre et on est rentrés chez moi à pied. Mon coloc était avec une fille (mais je pense qu’ils n’ont pas baisé…) et avec T. on s’est bu des bières en parlant littérature et musique pendant deux heures et demie (putain ce que ca m’avait manqué ce genre de conversations intéressantes) avec belette endormie au bout du canapé. Elle s’est réveillée au moment ou T. est parti et est repartie dans son délire alcoolique (elle voulait aller à pied chez son copain pour vomir dans son lit), j’ai usé de toute ma persuasion pour la retenir, je l’ai couchée et j’ai attendu qu’elle dorme pour m’endormir à mon tour, bercée par sa respiration profonde. Je savais que cette histoire avec son copain la touchait plus qu’elle ne voulait l’admettre et je l’avais déjà vue aussi bourrée quand on vivait en Allemagne, mais je crois que je ne mesurais pas l’étendue des dégats avant de la voir dans cet état là. Je me sens un peu coupable de n’avoir pas pris la mesure du problème avant ca, même si j’ai passé beaucoup de temps à l’écouter, lui parler, la conseiller avant ca. Quatre heures plus tard mon réveil chantonnait (The Clash – lost in the supermarket), réunion de famille annuelle oblige, une heure de nationale (avec ma mère faisant la tronche sur le siège passager) pour débarquer dans le bled paumé du pays de Caux où j’ai fait mes premiers pas. Une douche, une mise au point avec mon coloc et un rafistolage de Belette plus tard j’arrivais enfin chez ma mère – qui était évidement furieuse de mon retard (c’est beaucoup, 45 minutes ?). Une grande partie de la famille est là et tout les gosses ont un magnifique style bourgeoisie campagnarde (je conchie la raie sur le côté et les cols Claudine, je gerbe les pulls Chevignon et les gourmettes de communion), je mange trop (buffet campagnard mon amour) et avec mon cousin on décide de partir en balade (on fait comme ca tout les ans : on dit bonjour, on prend l’air, on mange l’entrée et le plat, on prend l’air, on revient pour le fromage, on fume une clope -sauf moi car je ne fume pas- on boit le café (en général il est déjà 16h), on repart en balade et on revient pour le dessert, puis une dernière promenade champêtre et on se tape à nouveau une heure de route pour rejoindre la civilisation. Pendant la balade mon cousin m’explique que ma tante a envoyé des grigris à mes grands parents (vous savez, ces bracelets qui étaient très à la mode quand j’étais au collège, avec les perles rondes comme celles des chapelets et qui selon la couleur vous apportent chance, amour et autres conneries du même acabit). Mes grands-parents sont superstitieux (enfin cathos) et ce genre de petites croyances ont sur eux un bon effet placebo. Mon grand-père souffre d’un cancer du poumon qui ne s’arrange pas, alors on essaye de les aider comme on peut à garder le moral. Ca m’a fait vraiment bizarre de voir que mon grand-père a désormais du mal à marcher (et sa fierté lui interdit de s’aider d’une canne), je crois que jusqu’alors je ne me rendais pas bien compte de la gravité de son état et là ca m’a vraiment secouée. Quand on est arrivés à l’ancienne ferme de mes grand parents, mon cousin m’a montré un coin de champ et m’a dit que sa mère lui avait un jour raconté que c’était un coin à trèfles à quatre feuilles. Je me suis penchée au dessus de l’endroit qu’il m’indiquait et je l’ai vu, perdu au milieu de centaines d’autres, le seule trèfle à quatre feuilles de la parcelle. Je l’ai cueilli, frêle anomalie génétique, et au retour le j’ai donné à ma Mamie pour mon Papy (j’ai pas osé lui donner directement), gageons qu’il leur sera plus utile qu’à moi. On a repris la route, sous le soleil déclinant de la fin d’après-midi et je suis restée chez ma mère pour y faire une lessive. Quand j’ai vu le numéro de ma belle-mère s’afficher sur l’écran de mon portable, je me suis dit qu’elle m’appelait surement au sujet de l’organisation des vacances(encore une semaine à e chier et à moi le soleil et les plages). J’ai décroché et après une brève prise de nouvelles elle m’a annoncé que ma grand-mère venait d’être transportée aux urgences. J’ai rangé mon linge dans des sacs et elle et mon père sont passés me prendre en voiture. Mon père n’avait pas revu ma grand-mère depuis qu’ils s’étaient disputés (je crois que cela fait deux ans maintenant) alors j’angoissais un peu de leur réactions (si mon père ou ma grand-mère avait pleuré je crois que j’aurais complètement craqué et que mon corps se serait instantanément transformé en un déluge de larmes dont même Noé n’aurait pu réussir à braver les vagues houleuses. Je suis restée avec elle pendant 1h et demie pendant lesquelles personne n’est venu voir si elle souffrait ou si au moins elle avait besoin de quelque chose. Toutes les cinq minutes un nouveau brancard passait dans le couloir, une fille pleurait en attendant un médecin, les infirmières entraient et sortaient des box en râlant et le service public suivait son cours chaotique. Le médecin est venu examiner ma grand mère à 23h30 (elle était là, allongée en chemise de nuit sur un brancard depuis 19h30) et est reparti sans même nous adresser un regard, à mon père et à moi. Ma grand mère m’a dit de rentrer, qu’ils allaient la garder pour la nuit. La voir là sur ce brancard, avec sa douleur à la hanche qu’elle massait comme elle pouvait et son teint pâle comme la cire, penser qu’elle allait passer la nuit dans d’aussi mauvaises conditions, c’était vraiment horrible. Mes parents m’ont déposée chez moi avec mes sacs de linges et ma mère m’a appelée pour avoir des nouvelles de ma mamie. J’ai passé la nuit à faire des cauchemars mêlant tout les éléments de ce week-end et des situations absurdes. Je me sens mal, j’ai peur pour mes grands parents (les trois sont malades maintenant) et je n’ai toujours pas pu réviser pour jeudi.
shit happens, faut faire avec.


