
Avant mon erasmus, j’étais plutôt une bonne dormeuse. Une couche_tôt_lève_tôt plus précisément. Je me souviens qu’au collège j’aimais me coucher vers 22h pour bouquiner de bons gros livres style ‘Le monde de Sophie’ ou ‘Anna Karénine’. Au lycée je passais des soirées à regarder mon mec et ses potes jouer à Counter Strike en se traitant de ‘lameurz’ et de ‘newbie’ puis on partait en boîte danser sur du RnB pourri. Ces soirs là je mettais des tees bien trop moulants et des talons un peu trop pute pour moi. Je ne me ressemblais pas. Je ne me souviens pas avoir été si fatiguée, à cette époque là, sans doute que mon jeune corps encaissait encore bien les nuits sans sommeil et que mes pieds endoloris guérissaient un peu plus rapidement. Je croyais que c’était ca, être jeune, vomir dans le caniveau des litres de vodka, sourire aux photographes de soirée et se lamenter le lendemain sur l’état de mes jeans. Je buvais pour pouvoir danser, pour faire fuir les inhibitions. Je ne goûtais à la musique qu’après m’être pourri le sang de ces alcools bon marché qu’on achetait chez l’arabe. J’étais une fille bien, du reste, je ne manquais jamais un cour et je pardonnais tout à ce mec là.
Et puis le bac en poche, l’hypokhâgne terminée, je suis entrée dans l’ère des années fac. Toujours autant d’alcool, plus pour les mêmes raisons, et beaucoup moins de sommeil. Beaucoup moins de bouquins, aussi. Toujours les boîtes, un peu moins cheap et avec d’autres personnes, l’éloignement et la maturité ayant eu raison de mes amours lycéennes. J’ai continué à faire la fête, m’étourdissant sur des rythmes bien plus électroniques. J’ai continué d’aimer le rock, le reggae mais je me suis mise au trip-hop., la seule musique avec laquelle je pouvais me concentrer sur mes cours. J’ai arrêté de jouer de la musique pour seulement l’écouter, continuellement et format mp3 dans mes petits écouteurs blancs. J’ai fait du droit, beaucoup et sans grande conviction. Je suis partie en erasmus, onze mois durant lesquels je ne dormais plus, ou du moins pas la nuit. Je me suis déglinguée de l’intérieur et une fois de plus j’ai cru que c’était ca, être jeune. Et puis je suis rentrée, et j’ai repris mes habitudes, mon train-train métro/fac/travail/dodo. J’ai refait des soirées, je suis retournée dans les boîtes d’avant l’Allemagne, et je les ai trouvées pareilles qu’avant, c’est à dire pas si bien. J’ai trinqué au vin, j’ai arrêté de boire à en vomir (ou alors pas souvent). J’ai cru avoir grandi, encore, et j’ai cru voir en nous les graines d’adultes responsables que nous sommes (que nous sommes censés être).
Et je me suis réveillée, ce matin, réalisant que je ne pourrais plus jamais compter sur ce bon sommeil de l’enfance. Que je ne le trouvais plus qu’à minuit vraiment passé, et qu’il me quittait aux aurores. Que je pouvais faire une croix sur l’esprit reposé de la collégienne que j’étais. Qu’il en serait désormais ainsi : courtes nuits et longues journées. Parce que maintenant, le seul moyen de retrouver le sommeil tôt dans la mâtiné, c’est d’enfouir mon visage dans l’asile d’un sein chaud.
C’est sûrement un peu ca, devenir grande.
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