A travers la vitrine de la pizzeria nous remarquons les flocons de neige qui perlent délicatement, si légers, si éphémères. “S’il neige comme ca, il y aura encore des morts sur les routes, demain” lance ma collègue la pizzaïola. La pâte tournoie entre les mains du chef, le carton plie sous mes doigts engourdis et je frissonne, dans le courant d’air qui se faufile par la bouche d’aération. J’aime les bruits de la pizzeria, la pelle qui grince sur la grille du four, le couteau qui tranche les champignons, la sonnerie lancinante du téléphone, les boites que je fais tomber en pile régulière dans les casiers, le casque du livreur déposé à la va-vite sur le comptoir, le couinement du couvercle de la poubelle, le tapotement de mes doigts sur le clavier… les bruits devenus familiers depuis quatre mois, les collègues qu’on apprend à connaitre, les petites blagues qui reviennent, les clients trop connus. Et l’odeur écœurante de la pâte à pizza.
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Après une petite nuit, et avant une grosse journée (de révisions -enfin !- si tout se passe comme prévu) je prend le temps d’écrire ce post comme un mémo à moi même. J’arrête ma crise ‘ado de 15 ans dépressive‘, j’arrête de jouer ‘les petites malheureuses‘, et j’arrête de passer pour qui je ne suis pas. En réalité l’année se termine mieux qu’elle n’avait commencé, avec la signature d’un bail à mon nom (et à celui de coloc) et une foule de nouvelles têtes qui mettent du baume au cœur. Restent les blessures toujours profondes, les petits soucis du quotidien avec lesquels il faut malgré tout composer, restent le manque de sommeil et de motivation.
Mais tout de même.
C’est pas si terrible.
Alors au revoir 2008, bienvenue 2009, et espérons que cette fois nous n’aurons pas de *putain de mois de mai* (ni les autres, d’ailleurs).
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Il y a beaucoup de monde autour de moi ces temps ci. D’anciens amis que je retrouve, de nouveaux que je découvre, et la famille (et c’est pas simple tout les jours). Alors évidement, il y en a que je rend malheureux, parce qu’ils attendent trop de moi, plus en tout cas que ce que je peux matériellement faire, donner, créer. Il y en a qui m’en veulent, qui me détestent même, qui voudraient que j’en fasse encore plus et beaucoup mieux. Il y en a qui sont déçus, qui se sentent mis de côté et qui ne savent plus quoi penser de cette fille qui brasse beaucoup d’air pour pas grand chose. Mais ce pas grand chose, c’est déjà quelque chose, et j’aimerais que l’on s’attarde ne serais-ce qu’une minute sur mon cas et qu’on réalise qu’une journée c’est malheureusement seulement 24h (dont 5 passées à dormir) et que j’atteins déjà pratiquement mes limites à courir partout comme ca, à me forcer à garder la tête haute et un moral pas trop le bec dans l’eau. Que je met de côté tout ce que j’aime, ou presque, pour me consacrer aux choses urgentes, aux personnes de passage. Je voudrais qu’on m’aide un peu, au lieu de toujours me couvrir de reproches. Ou au moins qu’on n’en rajoute pas.
C’était la minute plaignez-moi, ok, mais franchement je sature.
Le docteur quitte peu à peu mon esprit, le quasi silence radio que je m’imposais a porté ses fruits et nos heures en tête à tête ce midi n’ont pas entamé ma détermination : j’arrête de craquer pour ses beaux yeux noisettes, j’arrête de fantasmer sur l’impossible (l’attrait de l’impossible est toujours d’une force incroyable et a le goût délicieux du jeu sans risque, sans peurs, sans reproches) et j’arrête de jouer les minettes insatisfaites. Vous et moi savons que ce qu’il me faut c’est une princesse, et je me dis de plus en plus souvent que Boucles d’Encre est la plus prometteuse de celles que je côtoie. Ses bras, ses mains, son cou. La douceur rassurante de sa peau blanche et l’odeur de tendresse qui s’en dégage. Peut être bien qu’elle a quelque chose, un petit rien, qui me rappelle Elle, mais je l’assumerais volontiers, les brunettes aux yeux d’anges, ca me rend toute chose.
Le docteur part, de toute façon, dans les montagnes tout là bas, et la faute aux exams je ne pourrais même pas vraiment lui dire au revoir. L’année se finit en douceur, parmi les vieux amis rentrés pour les vacances, les heures à la bibliothèque municipale cachée derrière mes nouveaux verres (plus ca va moins j’y vois) sertis RayBan (mais j’assume d’être ce genre de putain de branleuse) et les soirées au taf, dans la chaleur du four à pizza, sous les ordres d’un manager sympa. Et puis la liberté demain, si tout va bien (touchez du bois, vous serez des amours).
La magie de Noël, c’est vraiment une mauvaise blague. Des petits mots d’amour dans ma boîte mail, qui viennent parfois de très loin (et toujours du fond du cœur), des chocolats dans un calendrier offert par quelqu’un qui prend bien soin de moi – chaque jour que Dieu fait – et des lumières pendues dans les rues de ma ville natale. Pendues. Comme des grappes de raisins scintillants, éblouissants, et qui éclairent avec violence et indifférence le visage de la ménagère de 50 ans, du clochard ou de l’enfant. Des âmes un peu plus seules que d’habitude, des mensonges un peu plus feutrés, des sourires un peu plus appuyés, forcés. On fait semblant d’être contents, on se souhaite un “joyeux Noël”, comme si ca faisait tout oublier, comme si toutes les querelles devaient fermer leur gueule pour une soirée. On ira à la messe, on chantera plus fort que son voisin, on serrera des mains, on se fera la bise. On mangera bien, mais trop, on finira les boites de chocolat frénétiquement, on aura trop de vin dans le sang. Alors on oubliera vraiment, au chaud sous la couette, avec la tête qui tourne un peu, on se dira “ouf c’est fini”, mascarade et compagnie, on fermera les yeux et une fois de plus on se dira que la magie de Noël, c’est vraiment une mauvaise blague.
Il y a une semaine, je suis allée chez le médecin pour une angine. C’était pas ma médecin de d’habitude (celle qui me connaissait quand je mesurais moins d’1m), c’était sa nouvelle collaboratrice. Quand elle a eu fini de diagnostiquer mon angine qui trainait depuis deux semaines (et je vous promet que tousser pendant deux semaines c’est douloureux), elle m’a demandé s’il y avait autre chose. Alors je lui ai dit. Voilà, ca fait 4 mois et demi que je suis rentrée d’Allemagne, et je n’ai perdu que 4 kilos sur les 6 que j’avais pris (en Allemagne j’étais une grosse baleine gonflée de bière et de charcuterie – mes mes copines aussi alors ca va). “Combien vous mesurez ?” “combien vous pesez ?” m’a t-elle dit d’un air suspicieux. J’ai répondu et elle a fait un rapide calcul mental. Elle a prit un air fâché et elle m’a dit “22. Vous n’êtes pas du tout en surpoid et la masse corporelle normale est à 25 alors franchement…”. “Oui mais par rapport à avant j’ai du gras…” ais-je commencé à dire. “Pardon, a t-elle fait, mais je vous ai vue sans t-shirt, vous n’avez pas de gras c’est dans la tête“. J’ai demandé une lettre pour aller voir une diététicienne. “Pas question, m’a t-elle rétorqué, vous continuez à manger normalement, et vous admettez que votre corps change parce que vous avez 23 ans maintenant. Si jamais la prochaine fois que je vous vois vous êtes en dessous de 50 kilos je vous envoie vraiment chez la diététicienne pour anorexie, mettez vous dans le crâne que les filles des magasines sont retouchées”.
Sans blague. Du coup je me sens toujours aussi boulotte. Même si objectivement je suis normale. Mais moi ce qui me plait ce sont les filles longilignes comme Shane voyez-vous, (enfin pour ressembler, pour câliner c’est différent). Alors OUI c’est dans la tête, mais tant que je n’aurais pas trouvé de solution ca y restera, et ca continuera à me bouffer le moral (ca et deux-trois autre obsessions assez malsaines). Alors OUI, je sais, je ne suis PAS GROSSE, mais je me sens MAL dans mon corps. J’aimerais bien qu’on arrête de penser à ma place. Avec deux kilos de moins je n’aurais pas que la peau sur les os, faut pas déconner.